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Lou Reed
 

par Adrien Lozachmeur (30/10/13)

 
Extrait en musique

 

 
Article par I-Muzzik

 

J’ai découvert Lou Reed via Bono. C’était en 1994, j’avais 17 ans, j’étais fan de U2 période zoo tv tour, je regardais toutes les vidéos de concerts que je pouvais trouver. Pendant la tournée, Bono reprenait « satellite of love » dans un duo virtuel avec Lou Reed apparaissant sur un écran. U2 m’a fait découvrir le rock. J’avais envie de creuser. Je me suis abonné à Rock’n Folk. Ils sortaient parfois des numéros spéciaux sur les meilleurs albums de l’histoire du rock. J’ai voulu tout écouter.

C’est comme ça que j’ai découvert les albums du Velvet Underground, où la fibre doo-wop/rythm&blues de Lou se mariait à merveille avec l’approche contemporaine/bruitiste de John Cale. Lou Reed écrivait des chansons extraordinaires. J’ai aussi découvert au même moment les disques solo. S’il ne fallait en posséder qu’un, je dirais sans trop d’originalité qu’il faut retenir « Berlin » : une véritable cathédrale mortifère, un album qui gagne en consistance à chaque nouvelle écoute. « Transformer » est génial mais plus pop, plus accessible. C’est l’album des tubes : « Walk on the Wild side », « Vicious », « Perfect day », « Satellite of love ». « Street Hassle » est méchant. « Coney Island Baby » est tout aussi agréable que « Transformer ». Je me souviens de « Coney Island Baby » sur les images du film «A la verticale de l’été ». Je n’ai pas poussé le bouchon jusqu’à tout écouter car certains albums sont plutôt indigents ou carrément du foutage de gueule (« Metal Machine Music »). Mais on aimait aussi ça chez Lou Reed : ce côté atrabilaire peu soucieux des convenances. Je l’ai vu 2 fois en concerts. La première fois à l’Olympia, lors de la tournée « Ecstasy ». Il nous avait gratifiés d’un show plutôt réussi. La seconde fois, pour la tournée « The Raven », au Casino de Paris. Un concert atroce avec le maître de tai-chi de l’artiste qui faisait des démonstrations devant la scène, et un Antony (qu’on découvrait à cette époque) massacrant la moitié des titres à coups de trémolos. Ce soir-là, on détestait Lou Reed. Ca a dû me rester en travers de la gorge car après, je n’ai plus jamais rien écouté de ce qu’il sortait, et surtout pas cette collaboration avec Metallica à laquelle je n’ai jamais osé me frotter. Je vivais avec la légende, les morceaux classiques. Il y a ceux qu’on écoute souvent, et puis les autres, style ce « Sister Ray » que je n’ai dû écouter que 3, 4 fois en entier (ça dure quand même 18’) mais ça suffit pour marquer. Il faudrait aussi dire que Lou Reed ce n’était pas que de la musique, c’était aussi de la littérature. Il voulait promouvoir les lettres dans le rock. Je m’étais procuré le recueil de ses textes (« paroles de la nuit sauvage »). Il savait mieux que personne chanter la marginalité, et chez lui ce n’était pas qu’une pose. Du fait de ses tendances bisexuelles soignées à coups d’électrochocs par des parents peu compréhensifs, il comprenait la marge. Il chantait les prostituées, les drogués, les travelos, et mieux que ça, il les aimait. Il est sorti avec une femme à barbe qui s’appelait Rachel. Il avait un style à la Hubert Selby, c’est par Lou Reed que j’ai découvert l’œuvre de cet écrivain américain majeur. « Last Exit To Brooklyn », « le démon », « le saule » : autant de bouquins qui m’ont marqué. C’est aussi par Lou Reed que j’ai découvert la prose de Lester Bangs, le mégacritique rock à qui j’ai rêvé de ressembler. Ses interviews de Lou Reed sont des monuments littéraires. Que dire d’autre qui n’aurait pas déjà été dit ? L’influence de Lou Reed sur tout le rock qui a suivi est évidente. Il a changé la face de la musique. Il y a quelques mois, j’assistais au concert où Rodolphe Burger reprenait le Velvet. C’était jouissif. Voilà, Lou Reed est mort et maintenant c’est comme si on lui pardonnait tout. Même les journalistes ne lui en veulent plus de les avoir méprisés. Ils parlent de sensibilité blessée. Ça n’est peut-être pas idiot. Comme si la mort agissait comme un révélateur ultime, qu’elle effaçait toute négativité, au-delà du bien et du mal. La mort : agent transfigurateur ? Et Lou Reed de s’en aller dans les bras de l’ange noir qu’il chantait sur le premier album du Velvet (« black angel’s death song). Il avait écrit cette chanson automatiquement en s’inspirant des techniques de cut up de William Burroughs. Peut-être a-t-il trouvé dans l’au-delà le sens de ses propres visions,…