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Superflu
 

par Pierre Derensy (02/07/07)

 
Extrait en musique

 

 
Article par I-Muzzik

 

Dans le monde de « Superflu », l'inutile, le creux n'a pas de prise. Chaque mot est pesé, chaque note est calibrée sur une balance intraitable et minutieuse, qui rend une forme de justice musicale pour savoir si la chanson, au final (parmi les 11 autres) va peser de tout son corps et aura sa place, sans dénaturer le paysage d'ensemble. « La Chance » leur troisième opus est un véritable travail d'orfèvre. Un miracle comme peuvent en faire surgir parfois des artistes comme Murat ou Dominique A. La nature a apparemment horreur du vide, placez cet album pour recouvrir toute les failles : il n'y aura plus de courant d'air mais un souffle orgasmique.



6 ans d'absence s'expliquent comment ?

Nicolas Falez : «Principalement car l'on s'est retrouvé sans maison de disque après le deuxième album, ce qui est un schéma courant de nos jours. Donc il a fallu le temps de reconstruire notre environnement musical, puis le temps de démarcher et de signer chez Top 5 records. Le contact a été établi au printemps 2004 mais ensuite il a fallu réfléchir à comment l'on souhaitait enregistrer, puis mixer. Le temps passe à une vitesse incroyable quand on est sur ce genre de projet.»

Pourquoi signer chez Top 5 plutôt qu'une autre maison de disque ?

Nicolas Falez : «Je dois dire qu'il y a eu une relation forte entre le groupe et eux. Lors de notre première rencontre, ils m'ont expliqué qu'ils étaient une petite structure sans grands moyens mais ils compensaient ça par l'intensité de leur travail et le fait qu'ils s'obstinaient dans la durée, sur les projets qu'ils défendaient. Je ne pouvais pas entendre quelque chose de plus satisfaisant à ce moment là. Leurs exigences, leur obstination vont dans ce sens là. Je ne te cache pas qu'après, nous avons parfois des discussions houleuses aux vues de nos envies respectives. Mais c'est toujours pour bâtir un projet dont eux comme nous pouvons être fiers.»

En 2004 vous avez donné 3 concerts sans actualité discographique, cela vous a fait plaisir de voir que le public continuait à vous suivre ?

Nicolas Falez : « « Tchin-Tchin » est sorti en octobre 2000, la tournée s'est terminée en juin 2001. Puis ensuite, il y eu un grand blanc. Nous étions dans nos angoisses de recherche de maison de disque et dans l'écriture du nouvel album. Au printemps 2004, c'est donc la rencontre avec Top 5, et à la fois, on s'est aperçu que même sans actualité et grâce au site internet, les gens demandaient de nos nouvelles donc on s'est installé pour 3 jeudis consécutifs dans une petite salle à Paris. Et la salle fut pleine. C'était extrêmement stimulant et dynamisant.»

Pourrais tu me dire quel est le statut de Superflu : un groupe, une âme, un palliatif au travail alimentaire de jour ?

Nicolas Falez : «C'est un équilibre. Un projet auquel on est extrêmement attaché car la première bouture du groupe est née il y a 13 ans. On est lié à « Superflu » et en même temps aucun d'entre nous n'en vit. On trouve notre équilibre de cette manière. La subsistance alimentaire n'est jamais venue du groupe aussi bien dans les périodes où ça marchait que lors des moments où ça n'allait plus. Du coup, cela nous a toujours laissé énormément de liberté artistique et beaucoup de sérénité.»

Voilà donc ce qu'on appelle souvent le disque de la « maturité » ce qui n'est pas faux en ce qui vous concerne car on sent bien que le personnage qui parcourt l'album a pas mal vieilli depuis « Tchin-Tchin » ?

Nicolas Falez : «Oui cela me va tout à fait d'un point de vue de l'évolution humaine. Je suis très content de ne pas refaire « 25 ans » à 35 ans. C'est important de me dire que j'écris des chansons que je n'aurais pas pu écrire il y a 10 ans, quand on a enregistré le premier album. 2 chansons sur ce nouveau disque : « Nombril » et « Une Lumière Neuve » sont deux titres sur la paternité et je n'aurais pas pu les écrire il y a quelques années. On peut dire maturité, 10 ans de plus mais en tout cas, il s'agit d'éviter de faire du surplace aussi bien musicalement que dans l'écriture.»

Comment te vient à l'esprit une chanson comme « La Chance » ?

Nicolas Falez : «Il y a des chansons qui dérangent dans notre album et le premier qui doit être bousculé, c'est moi. Pour repousser les frontières de ce que j'ai fait jusqu'à maintenant. Ensuite il y a des choses fondamentales comme les chansons d'amour, dont je trouve important d'en écrire encore. « La Chance » c'est comment écrire une chanson d'amour comme il y en a eu sur les autres albums sans se répéter.»

J'aime marquer très fort le mot « chanson » en parlant de vous, car malgré la subtilité des musiques, vous ne tombez pas dans le piège d'un disque arty underground ?

Nicolas Falez : «On aime que l'aspect chanson soit très présent. Grâce à l'écriture, le jeu des deux voix. Mais on ne veut pas faire quelque chose qui ressemble à ce que fait le voisin. Notre équation c'est de savoir jusqu'où peut aller l'expérimentation tout en restant dans un format chanson. Sur ce disque, on est parti loin sur l'expérimentation sonore sans nuire au caractère universel d'une chanson. Le point d'équilibre, on l'a toujours cherché.»

Vous avez enregistré la base, le socle de l'album en très peu de temps pour ensuite vous retrouver à bidouiller longtemps sur ordinateur la meilleure manière d'embellir cette assise ?

Nicolas Falez : «Je voulais enregistrer le chant en même temps que le reste. Quand je faisais les démos de la voix et de la guitare en simultané, je sentais bien que ce que je perdais en précision, je le gagnais par le coté immédiat. Je voulais trouver quelque chose de différent sur l'interprétation en jouant ensemble. On a pris 4 jours de studio pour enregistrer en live, et 80 % du disque a effectivement vu le jour à toute vitesse. Pour capter quelque chose sur le vif. Après il a fallu des mois et des mois pour le mix. Une base triturée énormément.»

Il y a beaucoup d'invités prestigieux en dehors du groupe qui viennent apporter leur univers aux sonorités de « La Chance » ?

Nicolas Falez : «Ce sont des histoires humaines et musicales. Adam Snyder on l'a rencontré quand il jouait dans Mercury Rev. Il est parti du groupe pour faire une carrière solo. C'est un chanteur exceptionnel. La partie de piano qu'il interprète sur « Nombril » est enregistrée à la maison. Et pour « Une Lumière Neuve » il était de passage sur Paris pendant que nous étions en studio, alors il a gentiment pris de son temps pour jouer sur notre album. Jérôme Bensoussan nous le connaissons depuis longtemps mais depuis, il a bien roulé sa bosse en jouant pour Dominique A après Miossec notamment. On adore ouvrir la porte et faire rentrer des artistes dont on apprécie le travail.»

N'avez vous pas peur d'être « anti-commercial » ?

Nicolas Falez : «Je ne sais pas. Notre liberté est entière. Y a beaucoup de daubes qui sortent et qui marchent mais il y a aussi beaucoup de chanteurs dont le travail est de qualité et qui vendent des disques. Mais je pense que l'on est lucide toutefois. C'est effectivement important qu'un ou deux titres puissent passer en radio. On ne se fait pas violence pour les travailler de cette manière. On a toujours fait des titres de moins de 4 minutes.»

Dans l'album il y a beaucoup de rapport à la nature, à l'hiver, c'était conscient d'installer une sorte d'éphéméride des mois glacés ?

Nicolas Falez : «Après coup, on s'est rendu compte de cette déclinaison de l'hiver, et cela a raisonné de manière fantastique avec les propositions visuelles de Peggy Schillemans. Cette longue période entre le deuxième et troisième disque fut aussi une sorte d'hibernation, c'était l'hiver avant la renaissance du printemps. On est plus un groupe du paysage hivernal qu'un groupe d'ambiance torride et tropicale. »

C'est aussi un disque très féminin et érotique ?

Nicolas Falez : «J'aime bien l'idée d'explorer ces thèmes là. Je peux aussi rajouter charnel. J'aime parler des parties du corps et pas forcément de manière flatteuse. C'est un terrain stimulant artistiquement. Je ne souhaite juste pas tomber dans la vulgarité. »

A la manière des films célèbre du festival de Cannes : pourrait on dire que « La Chance » c'est « Un homme et une femme » musical au vu de votre partage du temps de paroles sur les chansons ?

Nicolas Falez : «En tout cas ce qui nous paraît important quand on raisonne sur un disque complet, c'est que l'on puisse avoir une chanson chantée par Sonia seule et comme l'on est deux voix dans le groupe, qu'il y ait quelque chose qui s'apparente à un duo. Ce serait dommage de ne pas exploiter cette veine là et ce registre là.»

Comment va se passer la suite maintenant que le disque est sorti ?

Nicolas Falez : «On a joué aux Nuits Botaniques la semaine dernière. On joue sur Paris tout prochainement, je pense qu'il y aura des concerts à l'automne. Ce que l'on veut c'est défendre ce disque qui a eu du mal à voir le jour. On a un retour très touchant sur l'écoute de l'album par le public. On va essayer de bien faire vivre le disque, le faire partager.»



Pierre DERENSY