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La Fille du Régiment

 
 
Hubert Mounier
 

par Pierre Derensy (10/10/05)

 
Extrait en musique

 

 
Article par I-Muzzik

 

Il faut chérir les artistes qui ne se cachent pas derrière une image synthétique. Hubert Mounier fait partie de cette ethnie, il est pure laine. 100 % accroché à la vie, 100 % naturel et capable d’assumer tous les combats perdus ou gagnés qu’il a livré. Revenant pour la fête, débarrassé de ses angoisses et des affres de la culture musicale qui le cloisonnait dans un style, la chenille sur-vitaminée s’est transformée en un joli papillon léger et prêt au grand voyage. Rencontre musicale très bédéphile.

Pouvez vous me dire quel est le personnage de BD qui vous représente le mieux aujourd’hui même à 11 heures du matin ?
Hubert Mounier : «Je dirais Tintin ! j’ai le matin joyeux ! (rire) »

Est ce plus facile d’être chanteur en l’an 2005 que d’être groom ou amnésique en recherche de son passé ?
Hubert Mounier : «Il est plus facile d’être chanteur amnésique (rire) surtout pour pouvoir tourner une page et en griffonner une autre totalement blanche.»

Vous dites de ce disque qu’il est vraiment le disque parfait que vous souhaitiez faire depuis longtemps ?
Hubert Mounier : «Je m’approche avec ce disque de certaines envies que j’avais pu entrevoir à l’époque de ‘Mobillis’ en 1993. D’ailleurs c’est pour ça que je me retrouvais avec Dominique Blanc Francart sur les mix de l’album, pour arriver à une simplicité que j’espérais à l’époque et qui passait par la dynamique du groupe et mes besoins d’arranger toutes mes chansons au maximum… si je n’avais pas un quatuor à corde j’étais malheureux, alors que là j’ai pu constater qu’une chanson comme ‘Voyager Léger’ se suffisait : Piano-Voix et pas besoin d’en rajouter. »

Une façon de vous guérir d’un syndrome Beatles ?
Hubert Mounier : «Il y a beaucoup de ça effectivement. De toute façon cela ne me quittera jamais. Au delà de ma passion pour les Beatles, ma voix étant tellement large, occupant beaucoup de places sur la bande, on peut supporter sans difficulté qu’un orchestre vienne courir derrière moi sans avoir l’impression d’être sur gonflé.»

Au départ les chansons que vous aviez composées étaient destinées à Coralie Clement ?
Hubert Mounier : «Certaines. C’est surtout du au fait que Benjamin Biolay m’avait appelé à l’époque pour me demander si je n’avais pas dans mes tiroirs deux ou trois chansons qui pouvaient coller à son univers à elle. Cela m’a poussé à écrire les textes de ses chansons car en général je laisse mes musiques à l’état de projet mélodique et harmonique. Coralie en a chanté quelques unes mais je pense qu’elle avait plus envie d’ambiance pop-rock. Finalement je me suis retrouvé à les chanter pour moi.»

Et elles vous vont bien ?
Hubert Mounier : «Oui mais ce qui est chouette pour moi, par exemple dans ‘Le magicien d’Oz’, c’est que la partie refrain était tellement plus jolie chantée par elle que par moi que je me contente de la voix du bas et je lui laisse la voix aiguë qui est magique.»

Le titre « Voyager Léger » signifie t’il que vous avez épuré musicalement tout ce qui vous encombrait ?
Hubert Mounier : «A l’heure où les machines ont pris une telle place, la performance naturelle d’une bonne chanson c’est d’être jolie déshabillée. C’était aussi une façon de dire à la nouvelle chanson française que même un vieux peut faire une chanson piano-voix sans rougir. Je suis à l’écoute de ce qui se passe autour de moi, voir Vincent Delerm travailler ce genre, c’est un défi que je ne me serais pas lancé à leurs ages. Je suis très admiratif. L’émulation fonctionne. Pourquoi je ne pourrais pas me débarrasser de ce complexe de l’arrangement à la George Martin ?»

Vos textes sont aussi beaucoup plus incisifs, et d’une manière générale ils dégagent une sûreté dans la rime ?
Hubert Mounier : «C’est le fait de vouloir utiliser des mots très simples. On arrive parfois à des choses tellement euphoniques, c’est tellement juste joli à entendre que ce n’est plus du français. J’espère toujours que le texte français ne va pas masquer la mélodie ou l’émotion. Je m’efforce d’écrire avec des mots que l’on entend presque pas et qui sont là pour ajouter des images au son.»

Comme nous sommes le jour d’une grande journée de mobilisation sociale, Dans « Le Sourire en Moins » on peut prendre ça de manière autobiographique mais aussi voir derrière ce titre un constat comme quoi personne ne se mobilise plus pour les autres ?
Hubert Mounier : «C’est ma première chanson vraiment politique. Ce sont mes tristes constatations de quarantenaires. Mai 68 est très loin, j’avais 6 ans quand cela s’est passé, j’ai eu un esprit moqueur pendant des années concernant l’esprit de 68 mais maintenant sans vouloir forcément descendre dans la rue quand on a la chance de vous tendre un micro on peut quand même dire qu’on est pas vraiment d’accord avec le libéralisme triomphant et le pouvoir de l’argent dans notre société. Le discours social peut être réactivé car voter Chirac pour éviter Le Pen cela donne à réfléchir sur l’état de la société.»

Vous dressez par exemple sur « Au Pays des Artistes » , et on le comprend entre les lignes, un constat assez dur sur votre passé ?
Hubert Mounier : «C’est pas tant sur mon passé, c’est l’actualité qui m’a donné envie d’écrire cette chanson. Tous ces jeunes qui se prennent soit pour des stars, soit pour des artistes parce qu’ils passent à la télé pendant une année à haute dose, je pensais à ceux qui rêvent d’être de vrais artistes, c’était leur dire que le tout ce n’était pas tant de passer à la télé mais d’entretenir ce petit grain de folie en plus qui est nécessaire. Je cite Kent, Françoise Hardy, Charles Trenet des gens qui font ou ont fait ce métier depuis longtemps et qui ont une vision du monde qu’ils s’efforcent de transmettre au public.»

Vous avez un supporter de premier plan c’est Benjamin Biolay, son amitié indéfectible vous a t’elle fait du bien ?
Hubert Mounier : «Je crois que sans lui j’aurais continué à faire de la BD ou je serais passé à autre chose parce que ce n’est pas une histoire d’amour qui me lie à la chanson française. C’est ma vie, mon plaisir numéro 1, mais si on n’est pas en phase avec le monde ce n’est pas la peine de forcer le trait. Benjamin et moi on a su entretenir une relation d’abord amicale mais aussi très artistique qui fait que l’émulation aidant, j’avais envie de le surprendre comme lui chaque fois qu’il fait un album il essaye de m’épater. On se parle beaucoup par nos chanson interposée.»

Comment s’est passé justement cette nouvelle collaboration ?
Hubert Mounier : «Mieux que jamais ! »

On sent chez vous deux la complicité des dingues de musique, comment trie t’on le bon grain de l’ivré quand on a l’ambition de chanter français avec la pop anglo-saxonne dans sa discothèque ?
Hubert Mounier : «Il faut avoir un sacré culot. Arrêter de complexer. C’est l’un des bons côtés de la mondialisation, ce que fait Benjamin ou Mathieu Boogaerts ou Alain Souchon c’est suffisamment français et personnel pour qu’on n’ai pas à rougir des comparaisons.»

Avez vous eu l’impression de perdre du temps en route ?
Hubert Mounier : «Chaque album m’a appris quelque chose. Ce boulot est un long apprentissage. Chaque fois que je me remets à faire des chansons j’ai l’impression de repartir de zéro. C’est pour ça que de savoir que ma carrière reparte de zéro ne me dérange qu’à moitié car tous les albums de l’Affaire Louis Trio c’est un moment de ma vie, c’est tout ce que je peux donner à ce moment là et recommencer ensuite comme si je n’avais rien fait sauf que je dois avoir pas loin de 100 chansons en stock c’est à la fois bon et angoissant. C’est autant de choses qui pourraient me rassurer mais pas tant que ça.»

La part d’ombre qui sommeille en vous est elle quelque chose que vous avez découvert avec le succès ou étiez vous un angoissé de naissance ?
Hubert Mounier : «A l’époque dans les années 70, un gamin angoissé on disait qu’il était un peu pénible et on lui trouvait un truc à faire. On s’épanchait pas trop sur les dégâts psychologiques. J’ai perdu mon père à 13 ans et je n’ai jamais vu un psy, il y a autant de chose qui font que lorsque l’on s’est repris en main, que l’on s’est fait soigné et aidé, même médicalement j’entends, on a une vision de la vie qui est un peu plus nuancé. Je me rends compte que tous ces disques que j’ai pu faire m’ont vraiment aidé à rester équilibré.»

Par contre vous laissez poindre un éclat d’optimisme dans ce nouveau disque, je présume que mettre en fin d’album « L’amour revient toujours » n’est pas anodin ?
Hubert Mounier : «L’amour est un cadeau offert par la vie. J’ai eu la chance de rencontrer ma compagne Gaëlle qui chante avec moi sur ce titre, c’est la personne avec qui je vis, avec qui je partage artistiquement tout ce que j’entreprends. C’est vraiment une relation que j’espérais et qui m’a permis de faire un disque beaucoup plus souriant que ‘Le Grand Huit’.»

Quand vous aviez les pieds dans l’eau au fond de la cave, n’avez vous pas compris finalement qu’on pardonnait encore moins aux gens qui ont connu le succès d’être malheureux ?
Hubert Mounier : «C’est pour ça que j’ai toujours considéré ne pas être si malheureux que ça. Le fait d’avoir perdu mon père si jeune je sais que la vie peut mettre des coups très durs, donc après ça on s’adapte et on comprend les échecs et peut être plus difficilement les succès parce que l’on s’imagine toujours que cela vient toujours des chansons ou de son charisme naturel alors que cela peut être aussi une histoire de marketing, de commerce, de pouvoir d’achat. Il y a toute une part de ce métier très aléatoire qui est loin d’être de la poésie. Néanmoins je me sauvegarde de la réalité du commerce en espérant que mes titres peuvent émouvoir. J’essaye de faire des chansons qui passent directement de chez moi à l’auditeur sans que la maison de disque ne fasse autre chose que de payer gentiment les factures et les musiciens. Je considère qu’il y a beaucoup de musiciens qui ont autant de talent que moi qui n’ont toujours pas trouvé ce confort artistique. On est constamment sur la brèche dans ce boulot. Ce que j’aime c’est la chanson qui passe d’une vie à l’autre.»

Ce qui est frappant c’est que vous avez enfilé tous les clichés du chanteur tourmenté, ne seriez vous pas plus rock n’roll que Johnny ?
Hubert Mounier : «Bien Plus !(rire)»

Vous étiez reparti vers la BD et ses créatures, cette BD, c’était vos « idées noires » à vous ?
Hubert Mounier : «Je fais toujours une autobiographie dans tout ce que je fais, c’est un gros défaut. C’est parfois la quintessence de ce que l’on dirait mal en chanson. Je me suis rendu compte en regardant la couverture de ‘Créature’ terminé que c’était effectivement mon autobiographie noircie. Il me ressemble étrangement ce personnage. Il est aussi humaniste et idéaliste que moi mais en même temps il est éternel, il a vécu 1000 guerres et de ce fait il est très proche des oiseaux, du ciel et des artistes. C’est toujours un peu moi qui me balade dans mes créations. C’était un plaisir 1er degré de pouvoir reprendre une créature mythique comme Frankenstein en me disant que dans un monde aussi commercial ce personnage appartient encore à un citoyen qui veut s’emparer de son histoire. Je ne dois rien à Mary Sheiley sauf mon respect et je trouve ça merveilleux d’avoir pu passer un an et demi avec cette créature.»

Cela vous a permis de revenir plus fort en musique ?
Hubert Mounier : «D’avoir fait une histoire, un western fantastique cela m’a permis de revenir à la chanson d’amour sans complexe. Je savais pouvoir être à la fois un cow-boy et un chanteur qui peut prendre sa mandoline et jouer sous les balcons. J’aime pouvoir jouer tous les rôles.»

Votre passion des comic’s cela vient de votre enfance ?
Hubert Mounier : «J’ai découvert ces publications vers 10 ans et depuis je collectionne ça comme un idiot. Donc je suis très au courant de tout, c’est un univers que le cinéma a découvert ces dernières années mais dans lequel je baigne depuis 30 ans et je continue à lire tous les mois les aventures désastreuses de Peter-Parker alias Spider-Man.»

« Le Grand Huit » n’a t’il pas été trop déboussolant pour les gens, est ce que le fait de voir Tintin sans sa houppette et avec du vague à l’âme, sans étape intermédiaire, n’a pas brisé pour un temps votre rapport particulier avec le public ?
Hubert Mounier : «C’est le syndrome Tintin et les Picaros, avait il le droit de se mettre en jean’s ? C’était déjà dans ma tête au tout début de la carrière de Louis Trio. J’aimais trop Cleet Boris pour ne pas me rendre compte que lorsque l’on va trop loin dans le théâtral on ne peut plus redevenir un être humain. Je savais que j’allais passer un sale quart d’heure. Artistiquement je pense avoir réussi à aller au bout de ce que j’espérais.»

C’est peut être ce qui pourrait arriver à Matthieu Chedid avec son personnage de M ?
Hubert Mounier : «Il a sans doute un peu tenté la même chose que moi au début avec ma banane des années 40. Je pense qu’il est assez respecté et respectable pour pouvoir arriver un jour en simple pull-over et dire voilà je n’ai plus l’âge de ces conneries. Moi je n’ai pas su le dire. Je découvrais ce qu’était la vie sans mon armure. Ce sont des pièges qu’on paye à un moment ou à un autre. C’est sur que cela ouvre des portes plus facilement, certaines portes médiatiques surtout, mais je pense qu’il est prévenu comme moi je pouvais l’être.»

En voulez vous encore à votre ancienne maison de disque qui n’a pas bien « vendu » votre retour à l’époque ?
Hubert Mounier : « Je n’en veux jamais à personne. Je suis assez fataliste en fait. Je m’en prend toujours à moi-même. Peut être que ce disque était « trop » d’un seul coup. Avec Benjamin on s’était dit qu’il fallait que j’évite de retomber dans le panneau des chansons pop trop souriantes. Vu mon état à ce moment là ce n’était pas difficile d’écrire « La Vue sur la Mer » et de tirer un trait sur la période Louis.»

Sur « Voyager Léger » vous êtes vous obligé justement à ne plus aller vers trop de sourires ?
Hubert Mounier : «Je ne le fais plus volontairement. Cela se fait au fur et à mesure de la compositions des chansons. Là c’était un album tellement naturel dans sa création que je n’ai pas pensé à savoir si j’étais trop ou pas assez. Il y a d’ailleurs une chanson très pop enregistrée par le groupe qu’on n’a pas gardé pour l’album. Uniquement par bon goût car elle ne trouvait pas sa place. En même temps quand j’en aurais une dizaine je ne m’interdirais pas de faire un disque pop. A partir du moment où j’ai peut être un public avec moi je pourrais tenter des tas d’expériences artistiques sans revenir en arrière. Je ne pense pas que je vais me permettre de faire un album purement rock comme ‘Europium 97’.»

«Mobilis In Mobile » c’était tout de même votre double album blanc à vous ?
Hubert Mounier : «C’était aussi pour fêter le support CD. Il nous permettait de mettre autant de chansons qu’on en rêvait alors que le vinyle nous obligeait à faire des doubles et les maisons de disques n’aimaient pas ça.»

Est ce que maintenant que Superman a supplanté Batman en vous, vous êtes prêt à retrouver les lumières de Métropolis et les planches de la scène française ?
Hubert Mounier : «J’oublierais jamais les bas-fonds de Ghotam (ville crépusculaire où sévit l’homme chauve-souris). Je ne crois plus au monde féerique que j’essayais de faire naïvement exister avec l’Affaire Louis Trio qui était l’idée de parler d’un monde parfait alors que nous étions déjà dans un monde qui battait de l’aile. Là, Lex Luthor (ennemi juré de Superman) a écouté nos répétitions et il produit le spectacle.»

Vous êtes pourtant un garçon qui préfère le studio ?
Hubert Mounier : «C’est beaucoup moins perturbant mais en même temps la scène lorsqu’elle devient utile pour rencontre le public c’est toujours un bonheur. C’est vrai que je me passerais des journées en voiture ou en bus mais ça quand on est artiste, si on s’en éloigne cela ne nous manque pas, mais si on y regoutte c’est d’abord les 2 heures qu’on va passer sur scène qui prévalent sur tout le reste.»

En conclusion, je vous livre une page blanche et un disque CDR vierge, qu’est ce que vous dessinez et sur quelle musique ?
Hubert Mounier : «En ce moment je suis très super-héros. Je dessinerais donc un personnage de ce monde sur une musique de Gorillaz.»

Pierre DERENSY