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Anna Calvi (Paris)
 

par Adrien Lozachmeur (24/01/11)

 
Extrait en musique

 

 
Article par I-Muzzik

 

Sur ce coup là, la hype est fondée. Je crois que c'est dans les Inrocks que j'ai pour la première fois lu quelque chose sur Anna Calvi. Il y avait un lien vers une vidéo de "Jezebel". Anna Calvi est plutôt impressionnante dans ce clip. On sent la nana décidée et sûre de sa force. Sa voix est puissante et souple, son jeu de guitare brut et sophistiqué. Les chansons entendues après ça à la radio confirmaient la première impression. Une nouvelle perle affleurait à la surface de la terre. Lundi, j'étais terriblement excité à l'idée de voir ce que ça donnerait sur scène. Et je n'ai pas été déçu. La jeune anglaise se présente en formation serrée. Elle est accompagnée de 2 musiciens, à l'harmonium et aux percussions. Le look d'Anna Calvi est étrange. Montée sur talons aiguilles, serrée à la taille dans un pantalon haut, les cheveux ramassés en chignon, elle ressemble à un aristocrate espagnol androgyne. Son apparition évoque des couchers de soleil sur Séville, des danses de flamenco ou des corridas. Elle a le teint pâle, très pâle, ce qui renforce encore un peu l'irréalité de la chose. Il faut imaginer Tom Cruise dans "Entretien avec un vampire". Anna Calvi est sûrement très gentille, elle a dit en interview qu'elle combattait sa timidité par la musique, mais sa retenue et son physique ont au premier abord quelque chose de glaçant. Mais dès qu'elle chante, dès qu'elle décoche ses accords, la voilà soufflant le chaud et embrasant les esprits.

C'est rock, très rock. L'énergie qui se libère et le feu dans la voix justifient les comparaisons avec PJ Harvey. Pas tant la PJ révoltée et assez crue de "Dry" (celle qui chantait "tu ne me fais pas mouiller") que la PJ romantique (tendance "Hauts de hurlevents") de "Is This Desire". Je crois qu'il y a quelque chose de plus aristocratique chez Anna, ça se joue dans la posture. Et aussi dans cette volonté de côtoyer le sublime. Elle a des capacités vocales incroyables qui lui permettent de toucher à quelque chose de céleste. C'est là qu'elle rejoint Jeff Buckley. Buckley chantait de la musique baroque, "Corpus Christi Carol". Il avait une voix d'ange. Anna a ça. Elle impressionne par sa technique vocale. Et comme Jeff Buckley, elle allie à ce talent sa virtuosité à la guitare. Virtuosité qui lui permet de livrer une version instrumentale du "Joan Of Arc" de Leonard Cohen. Reprendre Cohen sans reprendre les paroles, il fallait y penser! Reprise qui au passage crée un lien supplémentaire avec Jeff. Je regardais les mains gracieuses se déplacer sur le manche. On était à la limite du taping. La jeune fille pourrait jouer chez les hardos style Van Halen. Ça fait longtemps qu'on n'a pas entendu du rock avec des solos. Elle ne se prive pas. Et elle n'en n'abuse pas non plus. Elle met sa technique au service des chansons et pas l'inverse. Elle ne verse pas dans l'onanisme tant apprécié par les abonnées de "Guitares et Claviers" (souvent des fans de Malmsteen, Steve Vai ou Satriani).

Et en plus, il y a des chansons, de très belles chansons. Elles ne sont pas anodines. Ce sont de petits classiques instantanés. On connaissait "Jezebel", reprise à Aznavour. L'adaptation est réussie. Jezebel, femme du roi d'Israël, le poussant à vénérer le vieux dieu phénicien Baal. Sacrilège. Elie prophétise la chute de Jezebel. Elle finit dévorée par les chiens. L'art n'est pas toujours rigolo. Il y a de la souffrance dans "Jezebel" et plus généralement dans l'art d'Anna Calvi, mais y aurait-il de l'art s'il n'y avait pas la souffrance, la faille dans l'individu? Les plaies ouvertes font les désirs de création. Et les bonnes chansons. "I'll be you man", "Suzanne And I", "Desire", ... Je les ai en tête et je n'ai même pas encore écouté l'album. Il fera de la petite Calvi une star, c'est sûr. C'est déjà bien parti, on ne parle que d'elle. Je la vois déjà à l'Olympia ou dans les remises de récompenses. Le rock a encore de beaux jours devant lui.